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En route pour Indianapolis !

La pilote de course aérienne Mélanie Astles nous parle de la toute prochaine finale de la saison et la suite…

 La pilote Challenger du Red Bull Air Race partage son ressenti sur la récente course en Allemagne et la finale de la saison qui se déroulera à Indianapolis Motor Speedway les 14 et 15 octobre. Elle a aussi d’excellentes nouvelles pour l’après saison.

Mélanie, d’abord vos impressions sur la course de Lausitzring en Allemagne. Il semble que vous fonctionniez à plein régime dès le premier jour, prenant la tête au chronométrage avec un vol impressionnant pendant l’Essai Libre 2, et à la fin de la course sécurisant votre qualification pour Indianapolis.

J’ai abordé cette course dans un nouvel état d’esprit, un peu plus concentré sur ce dont je suis capable. Je sais que ma façon de voler est de plus en plus efficace, et je voulais amorcer le circuit avec une bonne vitesse d’entrée et le minimum de pénalités, et finalement être à portée des meilleurs temps. Comme d’habitude, mon but dans le premier Essai Libre était de me familiariser avec le retour sur circuit. Pour le deuxième Essai Libre c’était comme, disons, se sentir au top. Je me sentais faisant un tout avec l’avion, et avec ce sentiment, « Ca y est ! Je sais ce que j’ai à faire ». Je volais avec souplesse mais avec un peu plus de concentration sur le détail de, ce qui rend mon vol plus précis. Le circuit de Lausistz est rapide, très dynamique. De mon point de vue, mon vol était impeccable, et le Comité de Course m’a confirmé qu’il était très bon vu de l’extérieur, donc je pense que j’atteins mon but maintenant. J’ai volé au même niveau que les leaders actuels Daniel Ryfa et Florian Berger.

Après ça, vous deviez être déçue quand vous avez malencontreusement touché un pylône pendant la course?

Que dire ? Je pense que je l’ai touché d’un millimètre, mais quelquefois, ce n’est pas productif de se poser trop de questions. A la base, mon vol était très souple. Je craignais de dépasser les Gs autorisés, et je n’ai pas poussé l’avion comme j’aurais dû. Ce que je veux dire, c’est que généralement, après un virage, vous devez stabiliser l’avion et puis corriger. Mais j’ai mis moins de Gs, donc mon rayon de virage était plus grand, ce qui laisse moins de temps pour stabiliser l’avion avant la prochaine porte. J’ai vu que je n’étais pas complètement centrée dans la porte, mais c’était trop tard. C’est très drôle car sur la vidéo, on me voit faire non de la tête, comme pour dire « imbécile » ! Mais c’est comme ça.  A cause de problèmes techniques, à Lausitz, nous nous partagions deux avions au lieu de trois, et j’étais la première à voler dans le mien, avant deux autres pilotes.  Je pensais aux conséquences sur la course si j’avais mis trop de G’s, auquel cas l’avion aurait dû être examiné.  On ne saura jamais ce qui serait arrivé si j’avais poussé l’avion comme je sais que je peux le faire, mais ce qui est fait est fait. Je suis déterminée à foncer d’avantage et réfléchir un peu moins à Indianapolis, donc on verra bien ce qui se passe.

A ce sujet, le Motor Speedway à Indianapolis n’est pas seulement un circuit automobile légendaire des U.S.A., mais aussi là où vous êtes montée pour la première fois sur un podium de Challenger Cup avec votre deuxième place en 2016. Vous devez avoir de bons souvenirs ?

J’ai adoré le circuit à Indianapolis. C’était super. J’aime le décollage statique, tout d’abord…

 

Par statique, vous voulez dire que vous décollez sur le lieu même du circuit et vous volez directement vers la Porte de Départ – une très courte distance – plutôt que partir d’un aéroport proche. C’est correct ?

C’est exact. Et j’aime ça car c’est une façon de voler différente – voler avec beaucoup d’effets moteur. En tant qu’instructrice vol, j’ai beaucoup étudié et enseigné les effets moteurs. Les effets sont si forts à petite vitesse qu’il faut être très précis avec le palonnier, centrer l’avion, l’équilibrer, car sinon on perd beaucoup d’énergie très vite.

Ça me rappelle lorsque je passais mes différents niveaux en voltige aérienne dans un avion à très basse énergie, un Cap10C. Quand je volais aux niveaux élevés avec cet avion, je m’amusais avec un ami – essayer de voler à la vitesse la plus basse possible avec le moins d’énergie possible, et j’adorais ça, essayer de gagner juste un petit nœud en vitesse. J’ai aussi fait beaucoup de vol à voile, où il faut chercher les moindres forces d’énergie comme on peut.

Il semble donc que vous avez hâte de participer à cette course

Je pense qu’Indianapolis va être super, car depuis l’année dernière ma façon de voler s’est beaucoup améliorée. J’ai hâte de voir si ça aura un effet positif sur les temps et effraiera le chrono, ce que nous avons remarqué à Lausitz ; pas seulement mes vols, mais ceux des autres pilotes aussi.

 

Comment vous préparez-vous?

J’ai des vidéos et les données de mes vols à Indy l’année dernière, donc je révise tout ça. Je ferai beaucoup de visualisation du circuit et aussi de travail sur toutes sortes de situations, simulant des vents de travers et tout autre difficulté qui pourrait se présenter

Est-ce que vous vous fixez des objectifs?

La même chose que pour Lausitzring : je sais que j’ai la capacité de gagner, mais le niveau général est très haut, donc je ne vais pas me mettre la pression quant au résultat. A Indianapolis, avec le départ statique, il n’y a pas de problème de vitesse de départ et bien sûr pas de possibilité de trop de Gs à cause de la vitesse plus lente – alors il faut voler proprement, traverser cette masse d’air entre les portes, stabiliser l’avion et tourner juste au bon moment. Faire mon job et oublier le passé. Utiliser l’énergie des erreurs passées pour générer du succès. Et on verra.  Actuellement, je suis cinquième au général. Je peux finir quatrième, je peux finir sixième, mais ça ne changera rien. Ce qui changera est que je donnerai la meilleure version de moi en faisant une super course et finir satisfaite de ma performance. Quelle que soit ma position finale, je suis satisfaite de ce que j’ai accompli cette saison et des progrès que j’ai fait. Je serai prête pour le challenge de l’année prochaine.

De toute évidence votre entrainement physique continue également…

Oui. Je fais beaucoup de sport avec mon coach Romain Guillot. Nous travaillons pour que je sois en forme dans l’avion, mais également,  pour me sentir bien pendant toute la semaine de la course. Nous avons bien avancé, car à Lausitz mon énergie était au top toute la semaine. Je me suis sentie bien dans l’avion et pendant les courses, et dans les vidéos je me rends compte que je suis très calme en vol. Je ferai quelques vols avec mon propre avion avant la course finale, mais comme je l’avais déjà expliqué, ce n’est pas exactement la même chose que l’avion de course, donc je vole essentiellement pour retrouver le feeling général.

 

Vous avez participé à plusieurs courses en Europe cet été, et là vous partez à Indianapolis, avec six heures de moins de différence avec la France. Qu’en est-il du décalage horaire ?
Ça fait aussi partie de ma préparation physique. Environ une semaine avant mon départ, je commencerai à me coucher plus tard pour habituer mon corps au décalage horaire.

 

Revenons à ce que vous disiez plus tôt, une grande amélioration dans vos temps depuis la saison dernière. Quelle est l’étendue de cette différence ?

Ma façon de voler a beaucoup évolué depuis l’année dernière – c’est incroyable de constater cette différence. Je pense que c’est beaucoup dû au fait d’avoir depuis un an mon propre avion à disposition, grâce à mes sponsors, et j’ai beaucoup étudié, notamment à l’aide de beaucoup de vidéos…Je pense avoir atteint le niveau de haute précision.

Et selon vous, qu’est-ce que ça présage pour l’avenir?

J’ai travaillé très dur, à fond tout le temps, et j’ai le sentiment que les autres pilotes aussi. Je ne sais pas si ça a été toujours le cas, car nous sommes dans la quatrième saison de compétition de la Classe Challenger et je n’y suis que depuis 2016. Je pense que pendant la première saison c’était la nouveauté pour tous, et maintenant avec toutes les vidéos et données à notre disposition, le niveau monte, et je vois que certains Challengers se font aider avec leurs données par des équipes Master Class. C’est vraiment devenu un jeu pour gagner quelques centimètres pour aller plus vite. Nous avons tous le même avion, donc je pense que l’année prochaine sera l’année la plus coriace de la Challenger Class. Il s’agira de trouver ce petit centimètre de différence ou de décoller avec une milliseconde d’avance, ou de tester les limites du système de notation. Ça ne sera pas facile, et je pense que nous aurons aussi besoin de chance. Quand je vois les autres pilotes voler, je pense que perdre ou gagner repose sur juste un centimètre de déviation. Ce sera passionnant, et sans doute frustrant pour certains. Mais je pense que l’année prochaine sera l’année la plus passionnante de la Challenger Class depuis le début de la Red Bull Air Race.

On dirait que ça va être difficile pour vos fans d’attendre les courses de 2018; mais en même temps, il y a l’entre saisons. Qu’allez-vous faire ?

Le dernier chapitre Red Bull Air Race 2017 terminé, un nouveau challenge commence, parce que je suis engagée à Air France à compter du 30 octobre, avec une formation intensive à Paris. Etre pilote de ligne a toujours été un de mes rêves, et on dirait qu’il se réalise.

 

Félicitations! Mais qu’en est-il de la compétition RBAR ?
La bonne nouvelle c’est que, à Air France ils ont envie de travailler avec moi et pourront m’accorder du temps libre pour participer aux courses et aux championnats de voltige dans les prochaines années. Je suis très heureuse de faire partie d’une compagnie aérienne qui est si fière de me recevoir, aussi merci à Air France pour me laisser vivre mon rêve. C’est vraiment un nouveau défi, et je vais reprendre une vie d’étudiante pendant deux ou trois mois cet hiver, avec beaucoup de travail et d’études. Mais j’adore apprendre, et après cette période intense ça va être passionnant. J’ai volé dans le cockpit d’un avion de ligne la semaine dernière, et c’est un super job. Donc 2017 a été une très bonne année et j’ai hâte de reprendre la Challenger Cup avec quelques surprises qui seront annoncées très bientôt ! Aussi, j’aimerais dire à tous : restez à l’écoute, souriez et merci pour votre intérêt et soutien.

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